Archives de la catégorie 'Critiques'

15
juil

RIO LOBO/STAGECOACH (Jerry Goldsmith, La-La Land)

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Déjà édités respectivement par Prometheus et FSM il y a une dizaine d’années, deux des partitions western les moins connues de Jerry Goldsmith refont surface dans des versions améliorées, que ce soit en termes de son, de contenu ou de packaging. Pour Rio Lobo (le dernier film de Howard Hawks, sorti en 1970), Prometheus avait choisi de placer les morceaux disponibles en stéréo suivis de ceux en mono au détriment de la chronologie du score : LLL rectifie le tir en séparant l’album en trois sections : l’intégrale du score en mono, la source music en grande partie coupée du film (faite de morceaux joués au clairon, à l’harmonica, à la guitare, à la guimbarde et au piano de saloon) accompagnée d’une brève reprise inédite du thème principal à la trompette, puis les passages en stéréo. S’il ne possède pas la puissance de Hour of the Gun ou Rio Conchos (dont le motif “Indien” est ici repris), Rio Lobo galope pourtant dans le haut de gamme : le thème, introduit par la guitare, est parfois décliné par l’orchestre sur des rythmes proches de ceux employés par Elmer Bernstein dans True Grit et The Sons of Katie Elder (Goldsmith les réutilisera dans Wild Rovers un an plus tard) : après tout, c’est aux fans de John Wayne que le film s’adresse. Il est secondé par des plages solaires et nerveuses qui rappellent Bandolero ! et dont les accents mexicains préfigurent ceux d’Under Fire et Bad Girls. Le tout forme un album solide mais plus contemplatif que porté sur l’action, où l’on notera un emploi particulièrement virtuose des cordes dans les harmonies.
Stagecoach (réalisé par Gordon Douglas en 1966) fut le premier CD édité par le label issu du magazine Film Score Monthly, qui malheureusement cessera toute activité dans les mois à venir. Cette réédition, en plus d’améliorer le son de façon très nette et de rétablir les accords de banjo absents de la précédente, ajoute huit minutes inédites (de la source music, la session d’enregistrement d’un morceau et surtout une prise alternative du Main Title) et, contrairement à ce qu’indique le track-listing de la pochette, conserve la chanson du film en bonus caché. A la fois espiègle et héroïque, le score déploie une richesse d’orchestrations qui en font un régal pour les oreilles et l’un des plus attachants du compositeur dans un genre qu’il maîtrisait avec une aisance stupéfiante tout en y faisant preuve d’audaces instrumentales, de ruptures de ton et de cassures de rythmes dignes d’Ennio Morricone. Comme chez FSM, le score est complété par ceux de deux épisodes de la série The Loner, Goldsmith ayant été au début de sa carrière abonné au western télévisé. Un coffret consacré à ses travaux pour Have Gun - Will Travel, Gunsmoke, Wanted Dead or Alive, Rawhide et The Legend of Jesse James serait d’ailleurs le bienvenu ! (Merci à Matt Verboys)

Disponibles chez Cinémusique, 60 rue Alexandre Dumas, 75011 Paris (01 42 60 30 30) et chez l’éditeur :

http://www.lalalandrecords.com/RioLobo.html

http://www.lalalandrecords.com/Stagecoach.html

21
fév

IMMORTEL MICHAEL KAMEN

Le moins qu’on puisse dire, c’est que depuis la disparition prématurée de Michael Kamen en novembre 2003, les labels de béo ne se sont pas bousculés pour lui rendre hommage : si on excepte sa musique pour l’épisode de la série Amazing Stories Mirror, Mirror, éditée par Intrada sur une compilation trois ans après sa mort, rien à signaler, au grand désespoir de ses nombreux fans. La malédiction semble enfin être levée, puisque ce ne sont pas moins de trois scores d’action du compositeur qui viennent d’être exhumés. Le plus prestigieux d’entre eux, Die Hard, était déjà sorti chez Varèse Club en 2002 sur un CD malheureusement handicapé par une prise de son étouffée, un montage des morceaux aléatoire et l’absence de plusieurs passages. La-La Land rectifie le tir avec une réédition intégrale améliorée à tous les niveaux, même si le bref mais indispensable Main Title (avec ses fameux carillons hérités de Lethal Weapon) et trois autres extraits absents des sessions d’enregistrement n’ont pu être récupérés qu’en mono. Pour le reste, le son est éclatant et donne toute sa dimension à cette partition aux cuivres explosifs et au rythme furieux (cf. Assault on the Tower, The Battle/Freeing the Hostages et Happy Trails) ponctuée de reprises de L’Hymne à la Joie de la Neuvième Symphonie de Beethoven : une idée du réalisateur John McTiernan, destinée à rendre hommage à Orange mécanique, que Kamen prolongea en citant également Singin’ in the Rain, ces deux emprunts illustrant les actions des terroristes, vus par le cinéaste comme les héritiers des « Droogs » du film de Kubrick. En bonus tracks, on trouvera, outre un morceau écarté au montage (The Nakatomi Plaza, déjà présent sur la compilation Michael Kamen’s Opus sous le titre Takagi Dies), une prise alternative de L’Hymne à la Joie, les deux chansons du film (Let it Snow et Christmas in Hollis de Run DMC) et, en bonus caché, la version inédite du Main Title qu’on pouvait entendre sur le CD pirate de Die Hard sous le titre Roy Rogers Meets Beethoven’s Ninth. Si l’extrait recyclé de Man on Fire de John Scott utilisé dans le film est bien là, on regrettera cependant que celui tiré d’Aliens de James Horner, qui accompagnait la scène où le sergent Powell abat le dernier terroriste, n’ait pu être intégré. C’est bien le seul reproche qu’on puisse adresser à cet album historique, qui rend enfin justice à l’un des meilleurs action scores des années 80, en espérant que les deux séquelles bénéficieront du même traitement dans un proche avenir.

REDNECK POWER
Die Hard fait partie des nombreux films que Michael Kamen mit en musique pour le producteur Joel Silver, qui fit de lui son compositeur d’élection non seulement pour cette franchise mais aussi pour celle des Arme fatale et des films comme Action Jackson, Hudson Hawk, Le Dernier samaritain et Roadhouse, film culte des eighties réalisé par Rowdy Herrington et mettant en vedette le regretté Patrick Swayze dans le rôle de Dalton, videur de bar diplômé en philosophie et fan de Légendes d’automne de Jim Harrison. L’album sorti en 1989 ne proposait que les chansons du film, pour la plupart interprétées par le Jeff Healey Band et par Swayze lui-même. A défaut d’avoir pu localiser l’ensemble des sessions d’enregistrement du score (il manque la version orchestrale de Emmett’s House Explodes et le passage situé entre le moment où Dalton trouve son meilleur ami mortellement blessé-formidable Sam Elliott- et le climax final), Intrada offre une belle redécouverte de cette musique aux accents western et redneck, qui s’appuie parfois sur les synthétiseurs pour créer une ambiance paisible ou tendue (On the Rooftop, This is My Town) mais reste très généreuse en matière d’action symphonique. On pense à Basil Poledouris et à Open Range (la mélodie Americana de The Homestead), à Ry Cooder et au concerto pour guitare de Kamen et Clapton (Loading Dock Fight, Emmett’s House Explodes) et bien sûr à Die Hard et Lethal Weapon dans la dernière partie du CD, où l’orchestre se déchaîne avec emphase et brutalité (Dalton and Reno Fight, The Final Confrontation), le tout complété par un joli Final Theme absent du film. Il en ressort un album d’une grande richesse de styles, doté d’un superbe packaging et d’un booklet bourré d’informations sur la production du film.

INDIAN WARRIOR
Sorti en salles la même année que Road House, Renegades (Flic et rebelle en VF), également édité par Intrada, est un animal bien différent puisque, budget oblige, il s’agit d’un score certes totalement inédit mais aussi entièrement synthétique, un impératif économique regretté par le réalisateur Jack Sholder, musicien dans le civil et grand fan de la musique de Kamen pour Les Aventures du Baron Munchausen. Le compositeur se repose donc sur l’emploi des claviers Kurzweil K250 (premier système de synthés fondé sur une banque de sons échantillonnés) et de flûtes ethniques pour créer une partition influencée par la tradition musicale des Indiens d’Amérique (qu’il revisitera quelques années plus tard pour sa symphonie The New Moon in the Old Moon’s Arms) et qui évoque l’approche “spirituelle” adoptée par James Horner dans Thunderheart. En dehors de passages d’action percussifs souvent dissonants, le score, très atmosphérique, s’appuie sur une signature mélodique reprise de l’ouverture du thème de Dead Zone et sur un motif Indien obsédant. Si le résultat est parfois impressionnant compte tenu du manque de moyens, l’absence d’un orchestre se fait cruellement sentir dans les passages où les synthés tentent de sonner comme tel, et il faut vraiment être très fan de Kamen pour arriver au bout des soixante-dix sept minutes de l’album, qui réserve cependant quelques envoûtants trésors cachés. Dommage qu’ils soient un peu noyés dans la masse. Espérons toutefois que ce revival Kamen n’est pas qu’un sursaut et que ses partitions inédites ou incomplètes (Highlander, Robin Hood Prince of Thieves, The Three Musketeers, Someone to Watch Over Me, The Last Boy Scout, Licence to Kill, la franchise Lethal Weapon, le choix est vaste) puissent (re)voir le jour du vivant de ses admirateurs !
Special Thanks to Roger Feigelson and Matt Verboys
http://www.lalalandrecords.com/Die.html
http://store.intrada.com/s.nl/it.A/id.7419/.f
http://store.intrada.com/s.nl/it.A/id.7420/.f
ALBUMS DISPONIBLES CHEZ CINÉMUSIQUE, 60 RUE ALEXANDRE DUMAS, 75011 PARIS, TEL 01 42 60 30 30

23
août

THE EDGE de Jerry Goldsmith (La-La Land Records)

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Neuf morceaux inédits (et trois prises alternatives) totalisant vingt-sept minutes supplémentaires, voilà ce que nous propose cette réédition du score composé par Goldsmith en 1997 pour cet agréable survival d’aventures de Lee Tamahori photographié par le chef-op de Predator et sorti en France sous le titre A couteaux tirés. L’album d’origine nécessitait-il vraiment une version expanded, qui plus est un complete score ? Pas forcément, puisqu’elle est essentiellement constituée de reprises du thème principal (au lyrisme certes très « grands espaces », mais déjà employé jusqu’à plus soif dans la version courte) et du matériau suspense et action (surtout suspense, à vrai dire) avec ses trombones à la 13th Warrior. Les fans du compositeur trouveront pourtant là matière à frissonner, notamment dans l’alternate de False Hope, qui ressemble fort (et en mieux) au thème de U.S. Marshals (sorti quelques mois plus tard), dont un CD plus généreux serait d’ailleurs le bienvenu. Pas indispensable, donc, mais très recommandé à ceux qui auraient loupé l’édition RCA ou qui souhaiteraient savoir où Klaus Badelt est allé chercher son inspiration pour le très beau thème de The Time Machine

25
mar

NATE AND HAYES de Trevor Jones (La-La Land Records)

12 page insertRéalisé au début des années 80 par Ferdinand Fairfax pour profiter du succès des Aventuriers de l’Arche perdue, Les Pirates de l’île sauvage mettait en vedette Tommy Lee Jones dans le rôle du boucanier William Henry « Bully » Hayes, recréé par la plume experte de John Hugues, co-scénariste de ce spectacle inégal mais distrayant. L’occasion pour Trevor Jones, compositeur alors en pleine ascension (on lui devait déjà Excalibur et Dark Crystal), de livrer un score rendant hommage aux swashbucklers d’antan avec les moyens du bord. Thème principal flamboyant à la Korngold, love theme suranné rappelant The Blue Lagoon de Basil Poledouris (en moins bien, faut pas pousser non plus), la musique se pare de beaux atours nautiques interprétés par le London Symphony Orchestra et orchestrées par le très doué Peter Knight, sans qui Dark Crystal ou certaines partitions de Philippe Sarde (Tess, La Guerre du feu) ne possèderaient pas la richesse qu’on leur connaît. L’importance de son apport est particulièrement évident dans Arrival at Samoa, où le thème principal est repris par la flûte et le violon dans un style évoquant immédiatement les grandes heures de Miklos Rozsa. Malgré un motif d’action récurrent franchement raté, Nate and Hayes (également connu sous le titre Savage Islands) reste un album fort plaisant, dont la courte durée (40 minutes à peine) donne l’agréable sensation d’écouter le LP qui aurait dû être édité à l’époque si le film avait marché.

16
jan

INGLORIOUS BASTARDS de Enzo Castellari - DVD Universal

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On imagine sans peine qu’une foule d’andouilles vont acheter le DVD du film de Castellari en pensant qu’ils ont trouvé le Tarantino à 10€ : sur la jaquette, le nom de ce dernier est imprimé en plus gros que celui du réalisateur italien, Bo Svenson et Fred Williamson sont respectivement crédités pour Kill Bill vol. 2 et Une Nuit en enfer, le logo du titre reprend celui du « remake »… Bref, tout a été calculé pour enfler les étourdis. Tant mieux pour eux, finalement : ils découvriront que ce bis italien (et non pas « série Z », comme le prétendent les Inrocks) tourné par le réalisateur de Tuez-les tous et revenez seul en 1977 est une perle du genre et qu’il n’a en fait pas grand chose à voir avec la relecture qu’en a donné Tarantino. Très inspiré par Les Douze salopards et Croix de fer, Quel Maledetto Treno Blindato (Une poignée de salopards en France) commence sur des accents picaresques à la limite du comique troupier avant d’adopter un ton plus dramatique, le tout arrosé de scènes d’action parfaitement exécutées jusqu’à un climax explosif : l’attaque d’un train par la Résistance française et le commando improvisé formé par les salopards, une bande de déserteurs et de condamnés qui traversent la France occupée pour rejoindre la Suisse mais se retrouvent chargés malgré eux d’une mission officielle après avoir pris d’assaut un château à l’arme blanche dans une scène surgie tout droit d’un film de cape et d’épée d’André Hunebelle (et de Quand les aigles attaquent). Il eût suffi que la narration du spectacle, par ailleurs techniquement irréprochable, soit un poil moins abrupte pour qu’on tienne là une version guerrière de La Horde sauvage. En l’état, il s’agit « seulement » d’un bis à l’action trépidante (et très violente) fort bien pourvu en gueules de cinéma, qu’on est en droit de trouver nettement plus digeste que le film de Tarantino (par ailleurs très estimable), dont les cadrages pillent allègrement ceux de Castellari… On retrouve les deux cinéastes en pleine conversation dans les bonus, avec un Tarantino hirsute, hilare et gesticulant qui ne cesse de couper la parole à son interlocuteur et de se mettre en avant. Un supplément sans intérêt donc (sauf lorsque Castellari parvient à placer quelques anecdotes de tournage), agrémenté des bandes-annonces françaises et italiennes : nulle trace du commentaire audio et du documentaire rétrospectif inclus sur l’édition 3-DVD sortie en Z1 chez Severin, qui ne proposait cela dit que la version anglaise : ici, nous avons droit à l’italienne et à une VF d’époque carrément jouissive, avec Fred Williamson doublé par Jacques Balutin. Après celle de Commandos d’Armando Crispino, voici donc une édition qui racole sec mais qui fait très plaisir, d’autant que la copie au format 1.85 est impeccable.

06
jan

THE FUGITIVE de James Newton Howard (La-La Land Records)

fugitive_lllcd1112Edité en 1993 par Elektra, l’un des scores ayant lancé le compositeur-fétiche de M. Night Shyamalan refait surface sous la forme d’un double CD augmenté de 86 minutes inédites : le score intégral tel qu’il est entendu dans le film, trois morceaux repris dans les versions de l’album d’origine, six prises alternatives (sans saxo, avec moins de percus, avec moins de réverb…), deux démos au synthés et le End Credits joué au piano. Bref, beaucoup de choses pas forcément essentielles. L’écoute du score seul suffit amplement, même s’il est permis de le considérer comme alimentaire et d’y préférer le moins connu mais aussi moins mécanique The Package. Reste que The Fugitive contient l’un des morceaux d’action les plus propulsifs de la carrière de JNH, Helicopter Chase, directement hérité des Rambo de Jerry Goldsmith (et pour cause, la scène s’inspire du premier d’entre eux). On attend maintenant de voir si La-La Land va enfin nous sortir le toujours inédit et magnifique Flatliners.

http://www.lalalandrecords.com/Fugitive.html

05
jan

L’Antiquité au cinéma : vérités, légendes et manipulations

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650 pages, plus de 2200 titres recensés, des premiers films muets jusqu’à la série Rome en passant par le peplum italien, Ben-Hur et même Conan le barbare : cet ouvrage est un véritable monument. Chaque époque est traitée chronologiquement (de la Préhistoire aux royaumes mythiques imaginaires en passant par l’Egypte des Pharaons, la Grèce, Rome, etc) avec des sous-sections précises afin d’y relier tous les films abordés, ces derniers étant parfois longuement commentés, avec des informations aussi bien sur leur production que sur les différences qu’ils présentent avec la réalité historique (sans oublier bien sûr l’approche critique), le tout illustré par une iconographie incroyable (affiches et photos d’époque à foison). L’auteur, Hervé Dumont, ancien directeur de la Cinémathèque Suisse, a mis trente ans à concevoir ce pavé quasi-exhaustif, en attendant les tomes suivants (le prochain sera consacré au Moyen-Age). Un vrai chef-d’œuvre de l’édition, et pour pas cher, en plus : 49€ pour une telle somme d’informations, c’est un cadeau des Dieux !