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fév
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IMMORTEL MICHAEL KAMEN

Le moins qu’on puisse dire, c’est que depuis la disparition prématurée de Michael Kamen en novembre 2003, les labels de béo ne se sont pas bousculés pour lui rendre hommage : si on excepte sa musique pour l’épisode de la série Amazing Stories Mirror, Mirror, éditée par Intrada sur une compilation trois ans après sa mort, rien à signaler, au grand désespoir de ses nombreux fans. La malédiction semble enfin être levée, puisque ce ne sont pas moins de trois scores d’action du compositeur qui viennent d’être exhumés. Le plus prestigieux d’entre eux, Die Hard, était déjà sorti chez Varèse Club en 2002 sur un CD malheureusement handicapé par une prise de son étouffée, un montage des morceaux aléatoire et l’absence de plusieurs passages. La-La Land rectifie le tir avec une réédition intégrale améliorée à tous les niveaux, même si le bref mais indispensable Main Title (avec ses fameux carillons hérités de Lethal Weapon) et trois autres extraits absents des sessions d’enregistrement n’ont pu être récupérés qu’en mono. Pour le reste, le son est éclatant et donne toute sa dimension à cette partition aux cuivres explosifs et au rythme furieux (cf. Assault on the Tower, The Battle/Freeing the Hostages et Happy Trails) ponctuée de reprises de L’Hymne à la Joie de la Neuvième Symphonie de Beethoven : une idée du réalisateur John McTiernan, destinée à rendre hommage à Orange mécanique, que Kamen prolongea en citant également Singin’ in the Rain, ces deux emprunts illustrant les actions des terroristes, vus par le cinéaste comme les héritiers des « Droogs » du film de Kubrick. En bonus tracks, on trouvera, outre un morceau écarté au montage (The Nakatomi Plaza, déjà présent sur la compilation Michael Kamen’s Opus sous le titre Takagi Dies), une prise alternative de L’Hymne à la Joie, les deux chansons du film (Let it Snow et Christmas in Hollis de Run DMC) et, en bonus caché, la version inédite du Main Title qu’on pouvait entendre sur le CD pirate de Die Hard sous le titre Roy Rogers Meets Beethoven’s Ninth. Si l’extrait recyclé de Man on Fire de John Scott utilisé dans le film est bien là, on regrettera cependant que celui tiré d’Aliens de James Horner, qui accompagnait la scène où le sergent Powell abat le dernier terroriste, n’ait pu être intégré. C’est bien le seul reproche qu’on puisse adresser à cet album historique, qui rend enfin justice à l’un des meilleurs action scores des années 80, en espérant que les deux séquelles bénéficieront du même traitement dans un proche avenir.

REDNECK POWER
Die Hard fait partie des nombreux films que Michael Kamen mit en musique pour le producteur Joel Silver, qui fit de lui son compositeur d’élection non seulement pour cette franchise mais aussi pour celle des Arme fatale et des films comme Action Jackson, Hudson Hawk, Le Dernier samaritain et Roadhouse, film culte des eighties réalisé par Rowdy Herrington et mettant en vedette le regretté Patrick Swayze dans le rôle de Dalton, videur de bar diplômé en philosophie et fan de Légendes d’automne de Jim Harrison. L’album sorti en 1989 ne proposait que les chansons du film, pour la plupart interprétées par le Jeff Healey Band et par Swayze lui-même. A défaut d’avoir pu localiser l’ensemble des sessions d’enregistrement du score (il manque la version orchestrale de Emmett’s House Explodes et le passage situé entre le moment où Dalton trouve son meilleur ami mortellement blessé-formidable Sam Elliott- et le climax final), Intrada offre une belle redécouverte de cette musique aux accents western et redneck, qui s’appuie parfois sur les synthétiseurs pour créer une ambiance paisible ou tendue (On the Rooftop, This is My Town) mais reste très généreuse en matière d’action symphonique. On pense à Basil Poledouris et à Open Range (la mélodie Americana de The Homestead), à Ry Cooder et au concerto pour guitare de Kamen et Clapton (Loading Dock Fight, Emmett’s House Explodes) et bien sûr à Die Hard et Lethal Weapon dans la dernière partie du CD, où l’orchestre se déchaîne avec emphase et brutalité (Dalton and Reno Fight, The Final Confrontation), le tout complété par un joli Final Theme absent du film. Il en ressort un album d’une grande richesse de styles, doté d’un superbe packaging et d’un booklet bourré d’informations sur la production du film.

INDIAN WARRIOR
Sorti en salles la même année que Road House, Renegades (Flic et rebelle en VF), également édité par Intrada, est un animal bien différent puisque, budget oblige, il s’agit d’un score certes totalement inédit mais aussi entièrement synthétique, un impératif économique regretté par le réalisateur Jack Sholder, musicien dans le civil et grand fan de la musique de Kamen pour Les Aventures du Baron Munchausen. Le compositeur se repose donc sur l’emploi des claviers Kurzweil K250 (premier système de synthés fondé sur une banque de sons échantillonnés) et de flûtes ethniques pour créer une partition influencée par la tradition musicale des Indiens d’Amérique (qu’il revisitera quelques années plus tard pour sa symphonie The New Moon in the Old Moon’s Arms) et qui évoque l’approche “spirituelle” adoptée par James Horner dans Thunderheart. En dehors de passages d’action percussifs souvent dissonants, le score, très atmosphérique, s’appuie sur une signature mélodique reprise de l’ouverture du thème de Dead Zone et sur un motif Indien obsédant. Si le résultat est parfois impressionnant compte tenu du manque de moyens, l’absence d’un orchestre se fait cruellement sentir dans les passages où les synthés tentent de sonner comme tel, et il faut vraiment être très fan de Kamen pour arriver au bout des soixante-dix sept minutes de l’album, qui réserve cependant quelques envoûtants trésors cachés. Dommage qu’ils soient un peu noyés dans la masse. Espérons toutefois que ce revival Kamen n’est pas qu’un sursaut et que ses partitions inédites ou incomplètes (Highlander, Robin Hood Prince of Thieves, The Three Musketeers, Someone to Watch Over Me, The Last Boy Scout, Licence to Kill, la franchise Lethal Weapon, le choix est vaste) puissent (re)voir le jour du vivant de ses admirateurs !
Special Thanks to Roger Feigelson and Matt Verboys
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